Une étude établit une stabilité globale de la confiance sociale en Suisse depuis 2002. Toutefois, un clivage générationnel s’accentue: la confiance des plus de 65 ans progresse, celle des 14-25 ans stagne à un niveau inférieur.
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La confiance sociale, pilier des démocraties et de la cohésion collective, ne subit aucune érosion généralisée en Suisse. Tel est le constat ferme de Claire Janssen, Ursina Kuhn et Marieke Voorpostel, chercheuses au centre FORS, dans une analyse parue en mai 2026. Fondée sur les données du Panel suisse de ménages (2005-2024) et de l’European Social Survey (2002-2022), l’enquête dessine une trajectoire nationale rassurante, à contre-courant du déclin observé outre-Atlantique ou dans certaines régions d’Asie et d’Afrique. Si le niveau moyen de confiance a atteint un pic vers 2017 avant de se stabiliser, cette moyenne occulte une divergence structurelle selon l’âge.
L’analyse détaillée met en exergue un phénomène inédit depuis deux décennies : l’élargissement du fossé intergénérationnel. D’une part, la confiance des personnes de plus de 65 ans a progressé de manière significative, culminant en 2024. D’autre part, celle des 14-25 ans a reflué entre 2014 et 2022. Une légère inflexion positive s’observe depuis, mais le niveau demeure inférieur à celui des autres tranches d’âge.
Cette dynamique résulte de la conjugaison de deux effets. Le premier est lié au cycle de vie : la confiance croît naturellement avec l’âge, processus de socialisation qui s’étend jusqu’à la retraite. Le second, historique, tient à l’appartenance cohortale. Les baby-boomers (né·es entre 1946 et 1964) conservent le niveau de confiance le plus élevé, héritage probable d’un contexte d’après-guerre marqué par l’optimisme et la croissance. À l’inverse, la génération Z (née depuis 1997) affiche, à âge comparable, une défiance légèrement plus marquée que les millennials.
Les chercheuses refusent toute explication monocausale pour qualifier ce ralentissement chez les jeunes. Celui-ci s’inscrit dans un contexte de crises multiples — changement climatique, pandémie, crise sécuritaire — tel que décrit dans l’étude. En Suisse, ce sentiment s’exacerbe face à la précarité économique, au manque de logements abordables et à l’utilisation néfaste des réseaux sociaux. Le sentiment de sécurité personnelle et l’optimisme quant à l’avenir, deux moteurs essentiels de la confiance, se sont érodés chez les plus jeunes au cours des vingt dernières années.
Si le niveau de formation agit comme un levier puissant — les titulaires d’un degré tertiaire manifestant systématiquement plus de confiance que celles et ceux disposant d’une formation obligatoire —, il ne résorbe pas l’écart générationnel. Les auteures appellent à une vigilance accrue. En l’absence de « crise de confiance » avérée, le remplacement progressif des baby-boomers par des cohortes plus sceptiques menace, à terme, la stabilité du capital social helvétique. Pour les politiques publiques et le travail social, l’urgence réside désormais dans la compréhension et le soutien aux mécanismes de reconstruction de la confiance chez les jeunes adultes.
(Source : Social Change in Switzerland)
Référence
Janssen, C., Kuhn, U. & Voorpostel, M. (2026). Confiance sociale en Suisse (2002-2024) : les aînés progressent, les jeunes stagnent. Social Change in Switzerland, N° 44. doi : 10.22019/SC-2026-00003