Cigarettes électroniques, santé mentale, réseaux sociaux ou meilleure participation : tels sont certains des enjeux relevés par les acteurs·trices de la politique des jeunes du canton du Valais lors d’une rencontre en 2025.
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Par Maude Louviot, professeure associée, et Cynthia Bregy, éducatrice sociale en formation, Haute école et école Supérieure de Travail Social (HESTS), HES-SO Valais-Wallis
Croiser les regards et mener des réflexions essentielles pour la politique jeunesse du Canton du Valais : cette opportunité a été offerte à divers·es intervenant·es lors du sixième Rendez-vous de la jeunesse. Celui-ci a eu lieu en septembre 2025, dans le cadre de la Foire du Valais à Martigny. Porté par le Service cantonal de la jeunesse et un groupe d’étudiant·es à la Social team academy de la Haute école et école Supérieure de Travail Social (HESTS), cet évènement a également représenté l’occasion de célébrer deux anniversaires importants pour le Valais : les 25 ans de l’adoption de la Loi cantonale en faveur de la jeunesse (LJe) et les 50 ans de formation en Travail social.
Parmi les acteur·trices de cette journée, Christian Nanchen, chef du Service cantonal de la jeunesse, a proposé un survol des vingt-cinq dernières années de politique de la jeunesse. De leur côté, Romaine Schnyder, directrice du Centre pour le développement et la thérapie de l’enfant et de l’adolescent, Fabienne Clavien-Jordan, responsable de l’Office éducatif itinérant, et Anne Bührer-Moulin, responsable des structures d’accueil pour le canton, ont présenté certains dispositifs et services cantonaux. Enfin, une table ronde, modérée par les étudiants·es, a rassemblé les représentant·es de ces quatre institutions cantonales, en y ajoutant les perspectives de Dalia Sfar, présidente du Parlement des jeunes du Valais, Marc Rossier, chef de l’Office pour la protection de l’enfant, et Gabriel Bender, animateur socioculturel et ancien professeur de la HESTS.
Les discussions entre ces intervenant·es clés ont permis de clarifier les principaux enjeux liés à la politique de la jeunesse valaisanne. Elles ont aussi fait émerger trois axes de réflexion, articulés entre le passé, le présent et le futur.
Dans une perspective historique, le premier axe s’est focalisé sur l’évolution juridique de la politique cantonale de la jeunesse des dernières 150 années. En 1853, le Code civil valaisan statuait encore sur la primauté de la puissance paternelle et l’intervention des chambres pupillaires en cas de sévices ou d’excès graves envers les enfants. Il a été abrogé avec l’adoption du Code civil suisse de 1907 et ses articles liés à la protection de l’enfant. L’absence de loi fédérale cadre donnait toutefois à chaque canton la responsabilité de définir ses propres bases légales pour la jeunesse. Le Valais s’est alors placé en précurseur avec l’instauration, dès 1971, d’une loi sur la protection des mineur·es. Celle-ci a abouti, après plusieurs transformations, à la LJe du 11 mai 2000 [1], qui est toujours en vigueur. Son objectif consistait alors à répondre aux besoins de la jeunesse, en renforçant notamment la prévention. Il s’agissait de réduire le nombre de situations aboutissant à des mesures de protection. Outre cette approche proactive, la LJe encourageait la participation des enfants et soulignait l’importance d’accorder du poids à leur avis.
La dernière modification de la LJe a été validée en juin 2025 : elle permet au Service cantonal de la jeunesse d’échanger des informations avec les autorités et les professionnel·les pertinent·es, sans avoir à requérir le déliement du secret de fonction. Cela renforce la protection des enfants, accélère les procédures en cours et favorise la collaboration entre les différentes parties prenantes.
Au cours des trente dernières années, de nombreux dispositifs ont vu le jour. Il s’agit là du deuxième axe de réflexion. On peut mentionner la création du poste de délégué·e de la jeunesse, le Parlement des jeunes, le Centre pour le développement et la thérapie de l’enfant et de l’adolescent, l’Office éducatif itinérant, l’Office de protection de l’enfant, ou les offres de structures d’accueil [2].
En plus de l’émergence de ces entités, la LJe a renforcé les possibilités de collaborations pour plusieurs dispositifs consacrés à l’enfance. Cela a permis aux professionnel·les de mieux répondre aux enjeux de la jeunesse. Exemple parmi d’autres, le projet pilote Intervention précoce intensive [3] illustre ces collaborations interprofessionnelles : il rassemble un groupe d’expert·es autour d’enfants atteints de troubles du spectre de l’autisme dans une intervention intensive. Celle-ci comprend plus de 1’200 heures d’accompagnement à domicile, de stimulations hebdomadaires, de soutien aux parents, de supervisions et de fréquentations encadrées des structures d’accueil. Ce programme présente de très bons résultats.
L’intégration des jeunes aux réflexions les concernant au moyen de dispositifs participatifs représente un autre aspect devenu incontournable. Dans cette perspective, le Valais dispose désormais d’un Parlement des jeunes représentatif de la jeunesse du canton qui réalise, selon Christian Nanchen, « un travail pertinent et de bonne qualité ». Grâce à la présence des délégué·es cantonaux-ales et régionaux-ales à la jeunesse, les jeunes qui ont une idée de projet peuvent obtenir une aide concrète. De telles initiatives leur donnent des opportunités réelles de faire entendre leur voix.
Le troisième axe de réflexion s’est concentré sur l’Observatoire cantonal de la jeunesse, dont le Canton bénéficie depuis 2014. Identifiant les questions qui touchent à l’enfance en Valais, il réunit des membres de l’administration cantonale et des institutions liées à la jeunesse, ainsi que des personnes des administrations communales et des associations. Des représentant·es politiques y siègent également aux côtés de quelques jeunes. L’objectif de l’Observatoire consiste à développer une analyse objective et chiffrée des phénomènes sociaux. Cela permet d’adapter les réponses, les moyens d’action et les coûts avec des stratégies communes et une vision d’ensemble.
Au cœur de ce terrain collaboratif, le travail de l’Observatoire a mis en lumière certains enjeux liés à la jeunesse, auxquels le Canton devra prêter attention dans les années à venir. Cela va de la consommation des cigarettes électroniques jetables à l’exposition à la violence conjugale, en passant par la participation effective des jeunes ou par leur santé mentale [4].
Les intervenant·es de l’évènement ont complété cette liste avec d’autres aspects cruciaux pour la jeunesse d’aujourd’hui et de demain : l’écoanxiété, le numérique et plus spécifiquement les opportunités et les dangers émergeant de l’utilisation des réseaux sociaux. Le stress parental lié à l’accélération de la société [5], aux injonctions professionnelles et aux contraintes financières, a également été abordé.
Si le passé de la politique valaisanne de la jeunesse mérite d’être souligné pour sa posture avant-gardiste, des réflexions préparant son futur doivent aussi être menées. Comme Frossard (2012) le souligne, le Valais est performant en matière de transversalité de ses dispositifs liés à la jeunesse et du rôle central attribué au·à la délégué·e à la jeunesse. D’autres éléments, comme la participation des jeunes, l’encouragement des activités extrascolaires ou l’accompagnement des familles avec difficultés peuvent cependant être améliorés.
Il appartient au Canton de s’assurer de répondre aux enjeux de la jeunesse. Mettre à disposition les ressources nécessaires pour rendre les projets interprofessionnels accessibles à l’ensemble des enfants, adapter le cadre législatif au profit de leur bien-être, ou renforcer la prévention et les interventions précoces, représentent quelques suggestions de directions.
Dans les années à venir, il s’agira donc de suivre attentivement l’adaptation du cadre de la politique de la jeunesse du Valais. Avec une question qui demeure en suspens : quelle sera la proportion de jeunes et d’adultes réunis autour de la table ronde lors de la célébration des 50 ans de la LJe pour thématiser les enjeux de la jeunesse du Canton ?
Bibliographie
[1] RS 850.4 - Loi en faveur de la jeunesse - Canton du Valais - Recueil de la législation
[2] OLEJ-Representation-visuelle-des-principaux-acteurs-des-politiques-cantonales-de-l-enfance-et-de-la-jeunesse-en-Suisse-romande.pdf
[3] Intervention précoce intensive (IPI) pour TSA
[4] Observatoire cantonal de la jeunesse (OCJ) du Valais - Centre interfacultaire en droits de l'enfant - UNIGE
[5] Voir par ex. Rosa, H. (2012). Aliénation et accélération : vers une théorie critique de la modernité tardive. Paris, France : La découverte.