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Médecines complémentaires: qui y recourt? 

Vendredi 20.02.2026

Une étude menée à Genève analyse les usages croisés des médecines complémentaires et conventionnelle en Suisse. Basée sur plus de 200’000 profils d’assuré·es, elle met en évidence des profils distincts et de fortes disparités régionales. 

medecine complementaire reiso 2026 400© Yan Krukau / Pexels

Pour la première fois à une telle échelle en Suisse, une étude examine de manière approfondie les usages combinés des médecines complémentaires et de la médecine conventionnelle. Conduite par les Hôpitaux universitaires de Genève et la Faculté de médecine de l’Université de Genève, elle repose sur le suivi, entre 2017 et 2021, de plus de 200’000 profils d’assuré·es et de plus de 800’000 observations annuelles, en partenariat avec un assureur-maladie. 

Publiée dans la revue scientifique Mayo Clinic Proceedings, la recherche se distingue par son approche méthodologique. Les données issues de l’assurance obligatoire des soins et des assurances complémentaires ont fait l’objet d’un couplage probabiliste, permettant d’analyser l’ensemble des modalités de recours aux médecines complémentaires remboursées ou non par l’assurance de base. Un dispositif de géomasquage a en outre été utilisé afin de préserver la confidentialité des personnes tout en autorisant des analyses spatiales fines. 

Profils différenciés et contrastes régionaux 

Les résultats mettent en évidence deux profils principaux. Les personnes recourant aux médecines complémentaires prises en charge par l’assurance obligatoire présentent plus fréquemment un état de santé complexe, notamment en oncologie ou dans les maladies thyroïdiennes. Elles résident davantage en milieu urbain ou périurbain. 

À l’inverse, les assuré·es mobilisant des prestations financées par des assurances complémentaires affichent en moyenne un meilleur état de santé général et semblent rechercher prioritairement des effets liés au bien-être ou à la prévention. 

Dans les deux groupes, les femmes, les personnes d’âge moyen et les groupes socio-économiques favorisés sont surreprésentés. 

Les analyses spatiales révèlent par ailleurs un clivage géographique marqué. La Suisse romande recourt davantage aux thérapies remboursées par l’assurance obligatoire, tandis que la Suisse alémanique mobilise plus largement les prestations financées par les assurances complémentaires. Cette différence suggère des sensibilités culturelles distinctes à l’égard des médecines complémentaires. 

Sur le plan médico-économique, l’étude observe que les personnes utilisant des médecines complémentaires présentent initialement des coûts plus élevés en médecine conventionnelle. Toutefois, ces dépenses tendent à converger sur cinq ans vers celles des personnes n’y recourant pas. Ces résultats invitent à prolonger l’analyse sur des périodes d’observation plus longues afin d’évaluer d’éventuels effets à long terme. 

En documentant ces dynamiques à partir de données assurantielles suisses, cette étude offre un éclairage inédit sur les usages combinés des médecines conventionnelle et complémentaires. Elle fournit des éléments utiles à la réflexion sur l’évolution des politiques de santé, à partir des pratiques effectives de la population. 

(Source : communiqué de presse) 

Référence 

Guessous, I. et al. (2024). « Évaluation des interactions dans les parcours de soins en médecines conventionnelle et complémentaire en Suisse: une étude observationnelle pilote utilisant les données de facturation aux assurances-maladie. » Mayo Clinic Proceedings.