Entre méthadone et héroïne, faut-il choisir ?

Ou les enjeux controversés de la méthode de réduction des risques dans les toxicomanies.
jeudi 28 janvier 2010

Le quatrième pilier de la politique nationale en matière de drogues reste extrêmement sensible. A Lausanne, l’Ecole d’études sociales et pédagogiques et la Fondation Accueil à bas seuil – Le Passage relancent le débat sur la prescription médicale d’héroïne.

C’est un documentaire qui ne dure que 13 minutes, mais qui pose 36 questions. Le film que la Fondation d’accueil à bas seuil (ABS) – Le Passage* a réalisé pour ses dix ans d’existence à Lausanne donne la parole à deux consommateurs qui, sous méthadone, ont continué l’héroïne.

Boris, 49 ans, estime qu’il parvient à « bien maîtriser l’héroïne ». Clairement conscient de ses fragilités, il explique comment la méthadone calme ses manques physiques mais n’agit pas sur son psychisme. L’héroïne, en revanche, est le « médicament idéal » pour lui. Elle le calme, lui donne de l’énergie et lui permet de mieux gérer son hypersensibilité. Aujourd’hui à l’aide sociale, il confie qu’il lui est arrivé de dépenser le jour-même tout le montant de son indemnité en héroïne.

Livio, 44 ans, ferblantier-couvreur puis chauffeur poids lourds, évoque ses détresses et ses appels à l’aide. Lui aussi sous méthadone et consommateur d’héroïne, il plaide comme Boris pour la prescription médicale d’héroïne dans tous les cantons suisses (actuellement, une dizaine de cantons ont introduit cette politique).

Le documentaire se poursuit avec l’interview de Vincent Studer, directeur du centre Suprax à Bienne, un centre de prescription d’héroïne médicale. Il évoque la vie quotidienne de ses patients, les scènes ouvertes, les rapports de force politique et conclut sur le constat – très pragmatique !– qu’il est meilleur marché pour la société (1200 francs par mois environ, pris en charge par l’assurance maladie) de prescrire de l’héroïne médicale plutôt que d’assumer les coûts de la consommation illégale dans la rue, les interventions de la police, les overdoses, les traitements médicaux des personnes atteintes de sida ou d’hépatite.

La dépendance nous concerne tous – Réalisé par la Fondation ABS – Le Passage Lausanne IMG/flv/Ladependancenousconcerne.flv

D’accord avec ces trois intervenants du film ? Pas d’accord avec eux ? Pour ouvrir le débat et rappeler les objectifs de la réduction des risques en toxicomanie, l’EESP a accueilli une double exposition et organisé une table ronde.

Les quatre piliers

« Dans l’esprit d’une partie du public, le fait de ne pas empêcher la consommation de drogues signifie la favoriser. Cette réaction est émotionnelle, mais tout à fait compréhensible », rappelle Viviane Prats, enseignante à l’EESP et spécialiste des addictions. Il faut pourtant savoir que les toxicomanes ne fonctionnent pas tous de la même façon et la politique nationale des quatre piliers a justement été conçue pour répondre à cette diversité. Petit rappel.

- 1. La prévention, 1er pilier, environ 3,5% des budgets.
- 2. Les thérapies, 2e pilier, environ 25% des budgets.
- 3. La répression, 3e pilier, environ 50% des budgets.
- 4. La réduction des risques, 4e pilier, environ 20% des budgets.

L’exposition de la Fondation ABS – Le Passage a présenté ce dernier volet. En fait, selon la Charte européenne, la réduction des risques, ou aide à la survie, s’adresse « en particulier à ceux qui ne peuvent ou ne veulent, pour l’instant, arrêter leur consommation. Le but de cette méthode d’intervention est non seulement de réduire les risques et dommages liés à l’usage de drogues, mais aussi de contribuer au processus de soin de l’individu, d’œuvrer pour les acquisitions des droits civiques et sociaux en favorisant la réinsertion des usagers ». Dans les structures de réduction des risques, le libre choix du sujet est central. Il appartient à l’usager de choisir et de se responsabiliser pour savoir comment gérer sa consommation et décider, ou non, d’aller vers l’abstinence.

Les résultats de cette politique menée depuis le début des années 90 en Suisse sont connus. Le nombre de décès dus à la drogue a largement diminué, de même que le nombre de nouvelles infections par le VIH chez les consommateurs par intraveineuse. Les conditions de vie et les chances de survie des toxicomanes se sont améliorées, leur santé physique et psychique également. Ce qui augmente d’autant leurs chances d’intégration sociale et, peut-être, leur futur chemin vers l’abstinence.

Des portraits déconcertants

En parallèle aux panneaux explicatifs de la Fondation ABS, Myriam Pellet, Angelik Meyer et Kelly Martins, étudiantes qui ont participé à un Module Oasis Addictions et intervention sociale, ont présenté une série de témoignages. Sur ce sujet, lire cet article et voir le portfolio sur Reiso.

Marylou Rey

Pas seulement des seringues

En 2008, Le Passage a distribué 20’812 seringues stériles. Avec le Distribus qui stationne à la Rue du Tunnel entre 17 et 21 heures, il en a distribué 75’000. Mais le rôle de la Fondation ne se borne pas à distribuer du matériel stérile. En 2008, le Passage a notamment servi 10’000 repas, fournit 6800 interventions sociales et 1600 interventions sanitaires.


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