Les Semestres de motivation sont-ils efficaces ?

samedi 1er mai 2010

En 1994, un projet pilote a été lancé en Valais sous la forme de « semestres de motivation » (SEMO). Cette structure financée par l’assurance chômage a été pensée pour soutenir les adolescents et les jeunes adultes sans perspective ou sans formation professionnelle au terme de leur scolarité obligatoire. Une première expérience a débuté avec deux collaborateurs et dix jeunes. Lors des six premiers mois, neuf jeunes ont trouvé une place d’apprentissage en accord avec leurs attentes et leurs compétences. Fort de ce résultat encourageant, l’OFIAMT a validé le projet et encouragé les cantons suisses à développer des structures analogues. Actuellement, il existe une soixantaine de SEMOS en Suisse, ce qui correspond à environ 8500 jeunes inscrits et à plus de 150 collaborateurs qui y travaillent. Malgré les premiers résultats et une marge de progression en hausse, bon nombre de jeunes restent sur la touche, notamment à cause du manque persistant de places d’apprentissage et des nouveaux critères d’excellence gouvernant le monde professionnel auxquels ces jeunes ne correspondent souvent pas.

L’efficacité des SEMOS ne doit pas être minimisée. Il est toutefois opportun de la traduire quelque peu autrement. Ainsi, comment les collaborateurs parviennent-ils à tenir leur objectif, à leurs yeux, aux yeux des jeunes et même aux yeux de l’environnement socio-économique, lorsque celui-ci ne peut effectivement pas être atteint pour une partie des jeunes en difficulté d’insertion ? Pour tenter de répondre à cette question, un semestre romand a été étudié. En fait, si le SEMO en question a réussi à maintenir son objectif d’insertion, c’est qu’il ne débouche pas à proprement parler sur l’insertion formelle des jeunes dans le marché du travail – la maîtrise du monde professionnel échappe aux collaborateurs – mais il participe à produire leur capacité de « vouloir et pouvoir s’insérer ».

La production du « vouloir et pouvoir » s’insérer

Malgré certains obstacles structurels, la production et la transmission du « vouloir et pouvoir » s’insérer se retrouve chez la majorité des collaborateurs-employés consultés. Chacun-e possède une théorie de l’insertion réussie charpentée par deux facteurs principaux.

- 1. En premier lieu, tous les collaborateurs interrogés ont vécu une rupture insertionnelle, voulue ou contrainte, et ont réussi leur nouvelle insertion professionnelle au sein du SEMO. Même s’ils ne présentaient pas toutes les compétences requises, le SEMO leur a donné une « chance ». Précisons que pour être engagé comme collaborateur, il n’existe pas de critères d’embauche stricts au sein de la structure, mise à part la maîtrise de l’atelier à animer. Dès lors, la majorité des interrogés n’ont pas eu de formation pédagogique et proviennent d’horizons professionnels différents (en raison de la diversité des ateliers).

- 2. En deuxième lieu, tous les collaborateurs sont mus par une conviction profonde : s’ils ont réussi leur insertion professionnelle, pourtant non gagnée d’avance, celle des jeunes qui leur sont confiés pourra également être réalisée. Penser autrement serait d’ailleurs impossible car interroger la mission du SEMO remettrait en question leur propre insertion professionnelle. Mettre en scène leur expérience insertionnelle réussie, traduite par une théorie de l’insertion propre à chaque collaborateur en fonction de ses sensibilités et de son parcours professionnel, représente ainsi le vecteur principal de production et de transmission du « vouloir et pouvoir » s’insérer.

Une efficacité à redéfinir

La capacité de « vouloir et pouvoir » s’insérer – même lorsque cette capacité ne s’est pas concrétisée par un poste de travail ou d’apprentissage – a permis d’asseoir l’efficacité du semestre étudié. Il nous semble pourtant que cette efficacité devrait être doublement nuancée. D’une part, est-il nécessaire d’avoir été en mal d’insertion – mal comblé par le SEMO pour ces collaborateurs qui n’avaient pas toujours le CV adéquat – pour aider des individus à intégrer le marché du travail ? D’autre part, le non formalisme autour des théories insertionnelles, bien que bénéfique dans une certaine mesure, pose la question de la professionnalisation des métiers d’insertion et plus généralement des métiers dits sociaux. Le discours sur l’insertion gagnerait probablement à tenir compte de ces autres facettes des semestres de motivation.

Aude Métral, assistante diplômée, Domaine Sociologie, politiques sociales et travail social, Université de Fribourg


Commentaires

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vendredi 9 juillet 2010 à 11h16 - par  Gilbert Muller

Le constat est que la Suisse a un taux de chômage des jeunes assez préoccupant. La formation professionnelle représente une solution d’avenir pour les jeunes de notre pays tout particulièrement dans la perspective de l’exigence et de la quête d’un niveau plus élevé de certification au niveau tertiaire.

Nous cherchons des réponses tangibles sur les défis de la formation professionnelle que sur l’aspect du Semo et de notre préoccupation quant à notre mission auprès des jeunes en difficultés pour leurs intégrations professionnelles.
Les besoins se font sentir régulièrement, par rapport au partenariat, dans la loi sur la formation professionnelle. C’est un appel du gouvernement de mettre à disposition des filières de formation avec une attestation après deux ans, ouvertes à tous, même aux adultes plus âgés.

L’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie, (OFFT) a investit 22 milliards de francs de fonds d’encouragement qui sont mis à disposition pour les années 2008 à 2011. Le SECO parle de : Perfectionnement, reconversion et Intégration. Pour le chômage, c’est un grand changement. Il est possible maintenant de financer au travers l’AFO (Allocation de formation). Cela a été mis comme les AIP (Allocations d’initiation au travail) pour les indépendants. Le cadre restreint de la LACI l’interdisait, jurisprudence à l’appui, l’octroi de formation de base. Le législateur, lorsqu’il a conseillé la LACI a voulu l’introduire au monde de la formation professionnelle. Il existe trois points fondamentaux : Les mesures de perfectionnements professionnelles, la reconversion professionnelle la plus proche possible de son ancien job, ainsi que l’intégration professionnelle.

On remarque que la gestion des besoins et que les prévisions à moyen et long terme sont de véritables défis à relever pour l’adaptation des réglementations, mais aussi pour un certain nombre de décisions en terme d’image de recrutement pour l’encouragement des filières. Mais cela peut décourager un certain nombre de jeunes.

Il ne faut pas négliger ces 20 % de jeunes en difficultés. Ça fait 16’000 à 20’000 jeunes par année qui ne sont pas sortis motivés des écoles. Il y en a qui ont besoin d’autres disciplines que le scolaire. Ils sont dans une phase d’échec, ce n’est pas forcément la faute aux écoles par contre, le système est améliorable.

On a démontré en 15 ans avec les Semos qu’on pouvait améliorer le système. Les vaudois avec le système OPTI, les fribourgeois avec le système des passerelles, les amalgames de collaborations. Les St-Gallois ont délégué à l’orientation professionnelle eux et ça fonctionne. Il y a une corrélation entre les jeunes placés dans le circuit de la formation professionnelle par les Semos et les écoles. Ces jeunes n’ont déjà pas supporté l’école ils ne vont pas supporter une formation basé sur l’école. Par contre, en étant reprise dans une mesure plus que l’emploi type Semo nous avons pu faire leur entrée sur le marché du travail. Donc, ce n’est pas tellement que l’école ne fonctionne pas c’est qu’elle n’est pas adaptée pour ce public là. Aujourd’hui face à ces constats, mon interrogation va vers l’avenir des structures SEMOS.

Pour notre Semo de Fribourg, en 2005-2006 : 67 % des jeunes ont trouvés une solution professionnelle. En 2006 - 2007 : 77 % ont trouvés une solution. En 2007-2008 : 44 % ont trouvés. En 2008-2009 : 78 % ont trouvés. Pour cette fin d’année scolaire nous allons nous approcher des 60% de placements professionnels.

Cependant les Semos sont dans la précarité avec des moyens faibles alors que l’intégration professionnelle d’un jeune et le ciment fondamental de l’achèvement de l’aide sociale.

Depuis le 1er mai 2010 est entré en vigueur une harmonisation de la formation des jeunes. Je souhaite vivement que le programme d’aide aux jeunes en difficultés d’intégration professionnelle fait partie intégrante du souci de ne pas laisser des jeunes sur le quai de la gare et de bien les faire monter dans le « wagon » de l’aide à l’intégration professionnelle.
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Gilbert Muller

Responsable du SEMO Reper

Fribourg


Quelques lectures intéressantes :

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Quel est le potentiel d’amélioration existant ? Et qui devrait s’y employer et de quelle manière ? L’OCDE pages 29 à 44 de la brochure « Learning for Jobs ».

Résultats de l’Etat des lieux de la formation professionnelle .Développer la formation professionnelle Page 2 sur 8 . Résumé des travaux de groupe :Agnès Fritze, Christoph Minnig, Fachhochschule Nordwestschweiz Mars 2009, Olten.

La Confédération légifère sur la formation professionnelle.Art. 62 Instruction publique Art. 63a Hautes écoles 2 Elle encourage la diversité et la perméabilité de l’offre dans ce domaine. Art. 631 Formation professionnelle

Quel est le potentiel d’amélioration existant ? Et qui devrait s’y employer et de quelle manière ? L’OCDE pages 29 à 44 de la brochure « Learning for Jobs ».

Comment se présente le partenariat dans le cadre du système de la formation professionnelle ? Voir brochure de l’OFFT « Faits et données chiffrées » p. 6 et 7, http://www.bbt.admin.ch/dokumentati…

L’OCDE « Learning for Jobs » p. 14, 16, http://www.bbt.admin.ch/themen/0105…
Actuellement, quels sont les principaux défis que doit relever l’organisation du partenariat ? (p. 6-12, version 15.02.2007) (http://www.bbt.admin.ch/themen/beru…) ou brochure de l’OCDE :« Learning for Jobs »(p.26 à 29) : http://www.bbt.admin.ch/themen/0105…

Quel est le potentiel d’amélioration existant ? Et qui devrait s’y employer et de quelle manière ? L’OCDE pages 29 à 44 de la brochure « Learning for Jobs ».

Qu’en est-il du partenariat au niveau national (pilotage centralisé, régions linguistiques, spécificités culturelles, etc.) ? OFFT

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L’Unité multidisciplinaire de santé des adolescents du CHUV à Lausanne annonce le cycle de colloques du deuxième semestre 2014 : Horaire : les jeudis de 12h15 à 13h30 Lieu : Lausanne, UMSA, Beaumont 48, 1er étage, salle de (...)

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